Ecole – 2.14 – Corriger les erreurs

Pour comprendre la signification et l’importance de l’erreur dans l’apprentissage, on peut prendre en compte deux paramètres :
1) les interférences avec sa propre langue ;
2) le degré zéro de connaissance en L2 et un système intermédiaire en train de se construire.

Les interférences avec sa propre langue sont certes importantes. On apprend à partir de ses connaissances antérieures. Il y a en quelque sorte conflit entre deux systèmes. Pour s’exprimer ou pour comprendre en langue 2, l’apprenant passe par le filtre, le crible de sa langue maternelle. Les confusions peuvent se faire au niveau :
– syntaxique (constructions de phrases incorrectes) ;
– phonologique (confusion de sons et conflit entre deux systèmes phonologiques) ;
– sémantique (confusion quant au sens d’un mot).

Des interférences existent également avec une langue tierce (l’anglais, par exemple), lorsque l’apprenant est déjà passé par l’apprentissage d’une autre langue étrangère.

Cependant, bon nombre d’erreurs ne s’expliquent pas par l’interférence avec la langue 1, mais bien par la situation même d’apprentissage. Les productions erronées des apprenants reflètent les étapes de leur évolution dans l’appropriation de la langue 2. Cette appropriation par degrés est appelée « interlangue ».

L’interlangue est un système transitoire, instable, qui correspond à une étape et à un processus d’acquisition de la langue 2. L’apprenant met en place un système cohérent quoique provisoire, qui va évoluer, se complexifier avec le temps grâce à des apports nouveaux, des restructurations successives.

L’erreur est alors l’expression d’une pensée en marche. L’apprenant émet des hypothèses sur le fonctionnement de la langue. Ces hypothèses le conduisent à des erreurs souvent systématiques, qui relèvent notamment :
– de la surgénéralisation d’une règle ;
– du transfert ;
– de l’analogie.

Les hypothèses émises se verront infirmées ou confirmées de façon différée ou immédiate : soit l’apprentissage ultérieur viendra apporter l’information, soit l’enseignant ou un autre apprenant fournira à chaud les données requises. Ces apports contradictoires conduiront l’apprenant à un rééquilibrage.

L’erreur constitue un moment important dans l’apprentissage : elle permet d’apporter à l’apprenant des informations, informations portant sur l’erreur elle-même et de, façon plus large, sur le fonctionnement de la langue 2. Elle permet à l’apprenant d’ajuster ses hypothèses, d’en émettre d’autres.

Par ailleurs l’erreur est un outil pour l’enseignant : elle lui permet d’observer la progression de l’apprenant et d’orienter son enseignement en conséquence.

Pour aller plus loin :
– GAONAC’H, D., Théories d’apprentissage et acquisition d’une langue étrangère, Paris, Hatier, 1987.
– MARQUILLÓ LARRUY, M., L’interprétation de l’erreur, Paris, Clé international, 2003.