Passé – 2 – Activité 10

Un témoignage consiste en une mise en récit de faits vécus dans laquelle l’auteur du récit reconfigure une succession informe de faits. Mettre en récit suppose une capacité à structurer de façon significative une succession d’événements qu’on agence de manière à construire un ensemble signifiant. Comme le dit Jean-Louis Dumortier, « Le récit, par le truchement de la mise en intrigue, met en ordre, donne figure intelligible au continuum de faits, d’incidents qu’est la vie non racontée. Avant le récit, ce-qui-arrive est profusion et confusion ; avec le récit, ce chaos s’ordonne en une histoire pourvue d’un début, d’un milieu et d’une fin, intelligible, disponible pour l’échange, pour le dialogue avec l’auditeur ou le lecteur. »

Le témoignage, tout comme le récit de vie, est une reconstruction subjective et arbitraire, puisque la vie n’est pas une histoire mais un mélange de hasards et de nécessités, de faits mis bout à bout qui n’ont pas nécessairement de liens entre eux. Le témoignage est forcément le fruit d’un angle de vue qui ne peut tout englober, puisque le narrateur n’est pas omniscient. Le témoignage est un récit de type « historique » et non un récit fictionnel. Le témoin certifie l’authenticité de ses dires par le fait qu’il était présent, mais l’auteur peut décider d’accentuer tel ou tel fait, choisir tel ou tel point de vue, taire ou mettre en avant certaines circonstances, motifs ou buts. L’auteur du témoignage peut choisir d’orienter son récit en fonction de valeurs implicites ou explicites. Enfin, la mise en récit suppose l’existence d’un système temporel qui nous permet de situer les actions les unes par rapport aux autres.

Le philosophe Paul Ric ur considère le témoignage comme la recherche d’un sens, reconstruit a posteriori, à partir de traces. L’auteur du témoignage est d’abord un sujet qui parle hic et nunc et qui tente de donner du sens à ce qui l’entoure et à son vécu. Et c’est dans la manière dont il raconte, dont il réfléchit à cette histoire, que celle-ci est porteuse d’une certaine vérité. Mettre en mots une succession de faits, les articuler, c’est obligatoirement construire des significations pour soi-même, c’est aussi construire pour soi-même du savoir. Mettre en récit, c’est mettre en perspective ce qui nous entoure, c’est chercher à comprendre les actes, les événements humains en les organisant, c’est mettre l’accent sur la capacité des êtres humains à modifier le cours des choses, à agir sur les événements, à être transformés par eux. C’est aussi s’interroger sur ce qui permet d’expliquer un comportement humain et sur les faits vécus. Cela suppose de considérer qu’il n’y pas une explication pour une vie, pour un comportement, mais des questions à poser.

Pour aller plus loin

– RICOEUR, P., Temps et Récit III, Paris, Editions du Seuil, 1985.

– DUMORTIER, J.-L., Écrire le récit, Bruxelles, Deboeck-Wesmael, 1989